L’indivisaire défaillant : quels recours possibles ?
Publié le :
16/12/2025
16
décembre
déc.
12
2025
Le partage amiable de l’indivision suppose l’accord et la participation unanime de tous les indivisaires. Le Code civil impose leur présence et leur capacité pour exprimer un consentement libre et éclairé.
Les praticiens sont régulièrement confrontés à la défaillance d’un indivisaire, qu’elle soit justifiée par une impossibilité objective ou, au contraire, résulte d’un silence volontaire.
Selon la nature de cette défaillance, les mécanismes mobilisables diffèrent et peuvent conduire soit à une continuation du partage amiable, soit à l'ouverture de la voie judiciaire.
L’enjeu est d’éviter l’enlisement des opérations liquidatives et de garantir une issue juridiquement sécurisée.
La défaillance justifiée : un obstacle encadré pouvant permettre le partage amiable
Lorsque l’indivisaire est dans l’impossibilité réelle de manifester sa volonté, la règle de l’unanimité connaît des assouplissements.
L’article 835 du Code civil rappelle que la présence et la capacité de chacun sont nécessaires au partage amiable. Toutefois, l’article 836 du même Code ouvre une exception notable : si un indivisaire est présumé absent ou se trouve hors d’état de s’exprimer en raison d’un éloignement, le partage peut intervenir dans les conditions prévues à l’article 116 du Code civil (à l’amiable).
Ce mécanisme vise les situations où la défaillance est légitime : altération des facultés mentales, mise sous protection, disparition temporaire.
Les coïndivisaires peuvent alors poursuivre un partage amiable, dans le respect des droits de la personne absente ou empêchée.
Cette faculté demeure toutefois limitée aux situations dans lesquelles il est matériellement impossible de recueillir un consentement. Dès que l’absence de collaboration ne repose plus sur une impossibilité, mais sur une volonté délibérée de ne pas participer, la logique juridique change.
La défaillance injustifiée : du procès-verbal de carence à la désignation d’une personne qualifiée
La situation la plus courante est celle de l’indivisaire qui pourrait participer au partage, mais ne le fait pas. Son silence bloque alors les opérations, parfois sciemment, parfois par désintérêt.
Dans ce contexte, la première étape consiste à le convoquer par acte extrajudiciaire à un rendez-vous chez le notaire, avec un délai raisonnable. Cette convocation doit rappeler qu’en cas d’absence, un partage judiciaire pourra être sollicité.
Si l’indivisaire persiste à ne pas se présenter, le notaire peut dresser un procès-verbal de carence, auquel il annexera un projet d’état liquidatif reflétant la position de l’indivisaire diligent. Ce document atteste des démarches accomplies et du refus implicite du défaillant. Il constitue la clé d’accès au partage judiciaire prévu par l’article 1360 du Code de procédure civile. Cette preuve empêche que la demande soit rejetée faute d’avoir tenté une solution amiable.
Pour éviter le passage devant le juge, une seconde voie existe : la désignation d’une personne qualifiée, prévue par l’article 837 du Code civil. Encore peu mobilisé, ce mécanisme permet de régulariser un partage amiable malgré l’inertie d’un indivisaire. La partie diligente doit avertir son coïndivisaire, par acte extrajudiciaire, qu’à défaut de comparaître ou de constituer mandataire dans les trois mois, une personne qualifiée pourra être sollicitée. Si la défaillance perdure, un nouveau procès-verbal constate l’absence de réponse, puis l’indivisaire diligent saisit le Président du Tribunal judiciaire pour obtenir la désignation.
La personne qualifiée (souvent un avocat formé, parfois un mandataire ou un administrateur, voire un notaire) représente alors le défaillant jusqu’à la réalisation complète du partage.
Sa mission consiste à vérifier la conformité de l’état liquidatif aux règles légales, en sollicitant les pièces utiles et en formulant des observations. Une fois le projet approuvé par le copartageant présent et par la personne qualifiée, il est transmis au juge pour autorisation, laquelle permet de régulariser le partage amiable malgré l’inertie initiale.
Cette désignation a un coût, souvent avancé par l’indivisaire diligent, mais imputé prioritairement sur la part du défaillant en frais privilégiés de partage. Si ce dernier réapparaît, il ne peut reprendre la maîtrise des opérations qu’en demandant la révocation du mandataire et en démontrant sa volonté réelle d’y participer, afin d’éviter un nouveau blocage.
Dans ces situations où les enjeux patrimoniaux et procéduraux se mêlent, l’accompagnement d’un avocat permet de sécuriser la stratégie à adopter et de choisir la voie la plus adaptée pour mettre un terme à l’indivision.
Historique
-
Servitude de passage : quels droits et obligations pour le fonds dominant et le fonds servant ?
Publié le : 29/04/2026 29 avril avr. 04 2026Publications du cabinetClôture en travers d’un chemin, portail fermé à clé ou encore désaccord sur l...
-
Testament imprécis quels critères pour interpréter les volontés du défunt ?
Publié le : 23/04/2026 23 avril avr. 04 2026Publications du cabinetLe testament est sans doute l’un des rares actes juridiques pouvant être vala...
-
Le partage inégal entre héritiers : est-ce possible ?
Publié le : 16/03/2026 16 mars mars 03 2026Publications du cabinetPeut-on avantager un héritier plutôt qu’un autre ? La question du partage inégal d’une succession suscite de nombreuses interrogations, notamment en présence d’enfants ou d’un conjoint survivant...
-
Assurance-vie : quand les primes deviennent manifestement exagérées
Publié le : 11/03/2026 11 mars mars 03 2026Publications du cabinetL’assurance-vie est un outil privilégié de transmission patrimoniale. Souple,...
-
Succession bloquée : comment sortir de l’impasse ?
Publié le : 02/03/2026 02 mars mars 03 2026Publications du cabinetLa succession peut rapidement devenir l’occasion de régler ses comptes… La su...
-
Liquidation du régime matrimonial : principes et étapes
Publié le : 20/02/2026 20 février févr. 02 2026Publications du cabinetLa liquidation du régime matrimonial intervient à la suite de la dissolution...
-
Liquidation de l’indivision : principe et calcul de l’indemnité d’occupation
Publié le : 20/02/2026 20 février févr. 02 2026Publications du cabinetL’indivision correspond à la situation dans laquelle plusieurs personnes sont...
-
Liquidation de l’indivision : point sur la prescription des créances
Publié le : 17/02/2026 17 février févr. 02 2026Publications du cabinetVivre en concubinage, être lié par un PACS ou être marié sous le régime de la...
-
Vente immobilière et vices cachés : conditions de mise en œuvre de la garantie
Publié le : 17/02/2026 17 février févr. 02 2026Publications du cabinetUn bien immobilier peut sembler irréprochable lors de la visite et révéler, u...
-
Action en recel successoral : quand un héritier dissimule-t-il un bien ?
Publié le : 20/01/2026 20 janvier janv. 01 2026Publications du cabinetLe recel successoral vise à dissimuler ou soustraire de l’actif d’une success...
-
L’indivisaire défaillant : quels recours possibles ?
Publié le : 16/12/2025 16 décembre déc. 12 2025Publications du cabinetLe partage amiable de l’indivision suppose l’accord et la participation unani...
-
Vente d’une maison en indivision : quelles démarches ?
Publié le : 26/11/2025 26 novembre nov. 11 2025Publications du cabinetLa vente d’un bien détenu en indivision n’est jamais anodine : cette opératio...
-
Testament et absence date : la date pré-imprimée figurant sur le testament peut constituer un élément intrinsèque
Publié le : 27/12/2023 27 décembre déc. 12 2023Publications du cabinetCour de cassation, 1ère Civile, 22 novembre 2023, n° 21-17.524 Par un arrê...
-
Passer sous silence les fonds débités du compte de la défunte est constitutif d’un recel successoral
Publié le : 08/12/2023 08 décembre déc. 12 2023Publications du cabinetCA Grenoble 26-9-2023 n° 22/00092 Une testatrice institue comme légataire un...
-
Garantie des vices cachés : la SCI qui s’est comportée comme un constructeur est présumée avoir connaissance du vice.
Publié le : 29/11/2023 29 novembre nov. 11 2023Publications du cabinetCass. 3e civ., 19 oct. 2023, n° 22-15536 Se plaignant de désordres, l’acqu...